Homélies

09.04.2020 / Jeudi saint

Voyez la vidéo de la messe

Méditation de notre Abbé pour la messe en mémoire de la Cène du Seigneur

Lectures: Ex 12, 1-8.11-14 / Ps 115 / 1 Co 11, 23-26 / Jn 13, 1-15

Ils se sont retrouvés dans la salle, celle que quelques-uns étaient allés préparer à la demande de Jésus. Ils se sont retrouvés à ce cri du cœur de Jésus, quand il prit place à table avec ses Apôtres, et que rapporte saint Luc : « J’ai désiré d’un si grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » (22,15)

On peut entendre ces mots sans trop se poser de questions… on peut essayer de comprendre ce qu’ils veulent dire… peut-être… mais ces mots n’appartiennent pas ici au vocabulaire littéraire conventionnel ; ces mots, à peine prononcés, ont déjà dépassé leur portée. Parce que ces mots ne sont pas là pour simplement dire quelque chose, ces mots sont eux-mêmes l’expression parfaite de Jésus lui-même : « J’ai désiré d’un si grand désir » : le désir, le si grand désir, de pouvoir désirer. Tout Jésus est présent dans ces deux mots, le substantif et le verbe, tout Jésus avec ses deux natures : homme et Dieu, en ce sens que, homme il désire, et Dieu il est le désir. Le désir de manger cette Pâque avec les siens pour leur apporter ce qui deviendra le désir de leur vie. Désir dont l’Eucharistie, frères et sœurs, nous fait héritiers.

Le don de Jésus, ce soir lors de ce repas pascal, veut qu’en se donnant lui-même, Jésus nous ouvre au don du désir de lui. Mais n’allons pas trop vite ! Ce désir n’est pas qu’un vague sentiment qui pourrait s’emparer de nous, et même à juste titre, non, ce désir – je le disais – va au-delà de lui-même, il est le Christ qui veut se donner. Et c’est pourquoi Jésus rajoute en fin de phrase : « Avant de souffrir ! ». J’ai désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. C’est cela, frères et sœurs qui donne tout son sens à cette phrase et à ces deux mots quasi identiques et si forts, c’est dans le don de la souffrance que ce désir se réalisera : il faut que l’homme du désir, Jésus souffre – et meurt comme nous le savons – pour que l’homme Jésus devienne être de désir dans sa nature divine.

Saint Jean, ce soir, nous a transmis le récit du lavement des pieds qui prit place au cœur de ce même repas de désir. Irait-on alors jusqu’à dire que ce récit est une pièce rapportée dont on pourrait se demander la nécessité qu’elle a de s’y trouver? Évidemment pas, vous le savez très bien, frères et sœurs, évidemment pas ! … Alors regardons cette scène incroyable et déstabilisante, notamment pour Pierre, de plus près. Passons sur toute la mise en scène de l’événement – si vous le voulez bien –, et portons-nous à sa fin. Que leur dit Jésus de fondamental ? Encore une fois, pas un grand discours ni une grande réflexion théologique : il leur explique son geste en leur posant une question, c’est-à-dire avec l’intention, par ce biais, de les impliquer totalement dans ce qu’ils sont en train de vivre, car ils ne sont pas spectateurs, loin s’en faut. Ainsi Jésus leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » … ce que je viens, non pas de vous faire – sous-entendu en vous lavant les pieds dans une bassine –, mais bel et bien ce que je viens de faire pour vous.

Voilà pourquoi naquit dans le cœur de Jésus cet incroyable désir ; c’était pour s’adjoindre ses Apôtres à son destin qui se dirigeait vers la souffrance. En fait il leur dit que ce qu’il avait fait pour eux, eux aussi devaient le faire pour les autres : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait – pour vous ». Ce si grand désir de manger cette Pâque ”avec vous”, était dans le cœur de Jésus de le faire ”pour vous”, pour eux. Afin que les Apôtres apprennent à devenir des êtres du désir, c’est-à-dire rechercher tout ce que Jésus offre par le don de sa vie. Cela, nous, nous le savons, eux ils le comprendront plus tard.

Je ne sais pas si vous partagez mon impression mais, alors qu’on lit l’événement à la lumière du Mystère pascal, je n’ai pas du tout le sentiment de le voir comme une happy end de la vie de Jésus, une belle fête entre amis, sachant que tout va reprendre vie au matin de Pâques. J’ai plutôt la ferme conviction que, au contraire, tout commence ici, car sans rien de ce qui vient de se vivre, la suite, que sont la mort et la résurrection du Christ, ne ferait pas sens. Dès lors, reportons-nous vite, frères et sœurs, au récit du Livre de l’Exode entendu à l’instant : « Le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : ”ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année”. » Le commencement, frères et sœurs, le commencement…

Et le soir du Jeudi Saint est un commencement de l’œuvre de salut que Jésus va initier sous forme d’une annonce. De la même manière qu’« Au commencement le Verbe s’est fait chair » par l’annonce de l’ange à Marie, eh bien le commencement de l’ère du salut en la Résurrection du Christ est manifesté par l’annonce du repas de la Cène : « faites cela en mémoire de moi ». Les Hébreux ont obéi au Seigneur en marquant de sang les linteaux de leurs portes, afin d’être sauvés de la mort, et apprêtèrent des pains sans levain, afin d’être nourris pour la vie. On peut voir ici comme une ”salvation” immédiate, libératrice de la mort, et un ”ravitaillement” banal, aliment de vie. Et Dieu leur dit pour terminer : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. […] C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous le fêterez », cette fête, que précisément Jésus et ses Apôtres perpétuent ce soir.

Oui, Dieu a fait ça pour vous, les Hébreux qui êtes son peuple. Et que va faire Jésus pour vous, les Apôtres qui êtes ses héritiers ? Il va prendre du pain, il va verser du vin et il va révéler la nature de son désir : « ceci est mon corps » … « cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ». Le désir de Jésus est que ses Apôtres et tous ceux qui avec eux et après eux croiront en lui, tous ces hommes et ces femmes, à la suite du Jésus homme, désirent Dieu en se nourrissant de son propre Corps et en se sachant sauvés par sa Résurrection. « Ce que je viens de faire », c’est « pour vous » ! Pour nous, frères et sœurs, pour nous. Nous sommes les désirés de Dieu quand il se donne à nous dans l’Eucharistie, c’est-à-dire quand il met en nous le désir de lui ressembler.

Si aux Hébreux Dieu a parlé de mémorial, comme un anniversaire à fêter chaque année, Jésus a dit à ses Apôtres : « Ainsi donc, chaque fois – chaque fois – que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez – remarquez la force de verbe ! – vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Frères et sœurs, dans l’Eucharistie nous devenons objets du désir de Dieu pour rendre vivant et actuel, à chaque messe, la mort et la Résurrection du Seigneur. Nous ne pouvons que le désirer d’un si grand désir en communiant à l’autel, celui de sentir battre notre cœur dans le cœur de Dieu !

Mgr Jean Scarcella
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