Homélies

26.03.2020 / 3e conférence de Carême

Les femmes et l’annonce de l’Evangile

Au matin de la Résurrection, Jésus confie l’annonce de la bonne nouvelle d’abord à des femmes. Quel fut le rôle des femmes dans la première prédication de l’Evangile ?
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Introduction : bref rappel des conférences précédentes

Nous avons commencé un cycle de conférences de Carême sur le thème « Jésus et les femmes ». En soi, ces conférences ne devaient être qu’un commencement avec un but : chercher de donner des outils pour entrer dans l’Ecriture et l’interpréter. Envisager la vie de Jésus par le truchement des femmes qui y prennent part, c’est une belle clef d’interprétation qui nous permet de comprendre Jésus et son message d’une manière un peu autre, en tout cas qui nous ouvre de nouvelles profondeurs dans la lecture du texte évangélique.
Nous avons préparé ce cycle à deux, avec Monique Dorsaz, une théologienne très engagée dans la formation au diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. A l’époque, lorsque nous avons commencé la préparation, Monique était déjà très prise et n’a pu s’engager que pour une seule conférence, mais elle m’a beaucoup aidé dans la préparation de mes interventions. Aujourd’hui, elle est comme nous tous beaucoup plus libre, mais les mesures de confinement actuel l’empêchent d’être là ce soir devant ces caméras.
Cette conférence fait donc suite à deux autres, que nous avons données en présence de plusieurs d’entre vous. La première était consacrée aux femmes dans la généalogie de Jésus au premier chapitre de l’évangile selon saint Matthieu. Nous avons vu que dans une généalogie qui, du point de vue masculin, respecte strictement le cycle des promesses de l’Ancien Testament (Le Messie, Jésus, doit être de la descendance d’Abraham, de la tribu de Judas, de la maison du roi David), les femmes citées introduisent toutes un élément « étranger » à cette généalogie si linéaire : elles seules ne sont pas forcément du peuple élu, elles seules ne sont pas les actrices passives de la promesse faite à Abraham : au contraire, elles prennent des initiatives pour « en être ». En plus, leur action ne correspond pas forcément aux règles de la bienséance la morale établie, et pourtant, elles ont leur place et leur justification dans la généalogie. Leur seule présence dans la généalogie montre que Jésus, même s’il est le fruit d’une promesse faite au peuple de la première alliance, est là pour tous les peuples, pour toutes les conditions de vie, et que le plan de Dieu, même s’il est annoncé, n’hésite pas à se dérouler dans des ruptures et à surprendre toujours.
Monique Dorsaz, quant à elle, a examiné l’intervention des femmes au long de la vie publique de Jésus. Il vous faut reprendre sa conférence, que vous trouvez sur le site de l’Abbaye sous « homélie ». Elle a souligné combien les femmes viennent d’elle-même à Jésus (là encore, elles prennent l’initiative), leur rôle dans le mystère de l’Alliance que Jésus est venu établir avec nous. C’est une femme, la pauvre veuve, qui en donnant « toute sa vie » (Mc 12, 44) préfigure l’offrande que Jésus va faire de lui-même sur la croix. C’est encore une femme, étrangère de surcroît, la Cananéenne, qui seule entre les êtres humains, s’entendra dire par Jésus « Qu’il te soit fait selon ta volonté » (Mt 15, 28). En principe, ce sont plutôt des paroles que l’homme adresse à Dieu !

La première missionnaire

Pour commencer notre thème, je désirerais reprendre une figure féminine dont Monique nous a parlé : celle de la première missionnaire « ad gentes ». Dans notre jargon, la mission « ad gentes » est la mission vers les non-croyants. La première missionnaire « ad gentes » de toute l’histoire biblique, c’est la Samaritaine que Jésus rencontre auprès du puits de Jacob au chapitre 4 de l’Evangile selon saint Jean. Après une longue conversation avec Jésus, elle part avertir les gens de sa ville :

La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui (…) Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. » (Jn 4, 28-30 ; 39-42).

La Samaritaine est une vraie missionnaire. Elle témoigne, amène les gens aux Christ, et finalement, ce n’est plus à cause de la missionnaire que l’homme croit : c’est grâce à la rencontre personnelle avec le Christ.

Marie-Madeleine, l’Apôtre ses Apôtres

Pour en arriver maintenant au cœur de notre thème, nous allons examiner le rôle des femmes dans l’annonce de la résurrection. Les quatre évangiles sont unanimes : Jésus est apparu en premier aux femmes, et parmi elles, en particulier à Marie-Madeleine. C’est un fait indiscutable. Par contre, la réaction des femmes face à l’annonce de la résurrection diverge suivant les Evangiles.
Chez Marc, elles ont peur. Après avoir vu le tombeau vide et entendu l’ange :
Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (Mc 16, 8).

Pourtant l’Ange les avait envoyées dire aux disciples que Jésus était ressuscité et qu’ils le verraient en Galilée.

Chez saint Matthieu, on a la même annonce, mais cette fois les femmes vont faire ce qui leur est demandé : elles vont aller annoncer aux disciples que Jésus est ressuscité.
L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Vite, allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez ». Voilà ce que j’avais à vous dire. Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » Mt 28, 5-10.

Nous allons trouver une description beaucoup plus détaillée chez saint Jean. Chez lui, tout est comme focalisé sur Marie-Madeleine, citée par tous les évangélistes en premier dans le groupe des femmes qui voient Jésus ressuscité.

Tôt le matin, elle est arrivée au tombeau. Elle a vu la pierre roulée et a averti les disciples. Pierre et « l’autre disciple » (sait Jean ?) sont arrivés, ont vu le tombeau vide, les linges et le suaire qui avaient revêtu le corps de Jésus. Mais Jésus lui-même, personne ne l’a encore vu.

Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé ». Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit (Jn 20, 11-18).

Marie Madeleine se retourne une première fois et prend Jésus pour le jardinier. A la fin du chapitre précédent, l’Evangile a bien précisé que le tombeau de Jésus se trouvait dans un jardin (Jn 19, 41), d’où l’erreur de Marie-Madeleine. Le fait que tout cela se soit passé dans un jardin intéresse particulièrement les auteurs anciens. Le jardin du tombeau vide devient le nouveau jardin d’Eden. Du coup, Marie-Madeleine, qui rencontre Jésus dans le jardin, devient la nouvelle Eve.
En principe, le titre de Nouvelle Eve est donné à Marie, et cela dès les auteurs les plus anciens. Mais on le trouve aussi donné à Marie-Madeleine en raison de la mission qu’elle reçoit de Jésus. Chez les auteurs anciens, on trouve clairement affirmé que ce qui lui dit Jésus : « va trouver mes frères », est un envoi non seulement aux disciples du moment, mais à tous les disciples du Christ, voire au monde entier.
La première annonce de la fin du naufrage du monde vient par une femme. C’est ce qu’affirme un auteur ancien, saint Hippolyte.

Après sa résurrection, ce sont les femmes qui le voient d’abord, car de même que la femme amena la première le péché qui est dans le monde, de même elle porte aussi la première au monde l’annonce de la vie (Homélie inspirée du traité sur la Pâque d’Hippolyte 59, SC 27, trad. P. Nautin, Paris 1950).

On trouve aussi chez saint Hippolyte ces paroles très fortes : « Eve devient apôtre ».

Mais reprenons le texte de saint Jean que nous lisions tout à l’heure, on y trouve toute une progression.

Etape 1 : Marie Madeleine est en pleur. Elle voit deux anges qu’elle identifie comme des hommes et qui dessinent, en quelque sorte, le corps absent de Jésus.

Etape 2 : elle se retourne et voit Jésus qui l’interpelle en disant « Femme », comme il le fait souvent dans l’évangile, même avec sa mère. Elle ne le reconnaît pas et le prend pour le jardinier.

Etape 3 : Jésus l’appelle par son nom propre et Marie se retourne. Elle le reconnaît et lui donne le titre affectueux de Rabbouni. Ici, le mouvement a été inversé par rapport à l’étape 2 : c’est d’abord Jésus qui appelle, et ensuite Marie se retourne. Conversion.

Etape 4 : révélation. Alors que dans les autres évangiles, les femmes reçoivent la mission d’aller dire que Jésus est ressuscité (c’est-à-dire annoncer l’événement), ici Marie reçoit une double mission : annoncer que Jésus est le Fils du Père, c’est-à-dire de Dieu, puisqu’il monte vers le Père, et en même temps annoncer que Dieu, le Père de Jésus, est aussi notre Père. Autrement dit, Marie est envoyée annoncer le message contenu dans l’événement de la résurrection. Jésus fait de Marie la première théologienne chrétienne de l’histoire !

Etape 5 : Marie remplit fidèlement sa mission.

Les pères de l’Eglise ont appelé Marie-Madeleine « l’apôtre des apôtres ». Le Pape François a réactualisé ce titre en faisant de la mémoire de Marie-Madeleine, célébrée dans l’Église catholique le 22 juin, une fête, afin qu’elle soit célébrée au même rang que les autres apôtres.

On trouve chez saint Romain le Mélode, un auteur d’hymnes qui a écrit au VIe siècle, de très belles pages sur Marie-Madeleine.

Que ta langue désormais publie ces choses, femme, et les explique aux fils du royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassembler mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante : sonne un chant de paix aux craintives oreilles de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre (…) Va dire : « L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe, sans rien laisser au-dedans de la tombe. Chassez, apôtres, la tristesse mortelle, car il est réveillé, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection. » (…)
Marie, hâte-toi ! Va révéler à ceux qui m’aiment que je suis ressuscité. Comme un rameau d’olivier, prends-moi sur ta langue pour annoncer la bonne nouvelle aux descendants de Noé, leur indiquant ainsi que la mort est détruite et qu’il est ressuscité, celui qui offre aux hommes déchus la résurrection (Romanos le Mélode,
Hymnes IV 12 ; 14, trad. J. Grosdidier de Matons, SC 128, Paris 1967).

- Il s’agit de rassembler les disciples : donc de réunir la première église.
- Marie a une voix puissante, alors que les disciples sont encore tout tremblants.
- Marie doit « éveiller » les disciples
- Marie doit annoncer la bonne nouvelle - littéralement en grec : évangéliser – Elle doit le faire à la descendance de Noé, c’est-à-dire tous les hommes.

La parole des femmes fait problème

Que se passe-t-il donc pour qu’avec tout cela, on ait si peu donné la parole aux femmes dans l’histoire de l’Eglise ?
L’évangile va pointer le problème dès les récits de la résurrection. Le problème, c’est que les femmes, on ne les croit pas.

Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. (Lc 24, 9-11)

On ne les croit pas, alors qu’elles disent la vérité, alors qu’elles remplissent la mission que Jésus leur a confiée.
Question : Alors que Jésus, on l’a vu au long de ces conférences, donne aux femmes une place toute particulière, est-ce donc en raison de la difficulté de l’époque (et de beaucoup d’époques) à considérer la parole de la femme comme une parole vraie et forte que l’évangélisation a surtout ensuite été confiée à des hommes ?

Ceux qui connaissent saint Paul se souviennent tous de sa parole qui a fait florès « Que les femmes gardent le silence dans les assemblées, car elles n’ont pas la permission de parler » (1 Co 15, 14). Il faut dire qu’il essaye de mettre un peu d’ordre dans les célébrations liturgiques de la toute première église de Corinthe, qui sont assez anarchiques, semble-t-il. Donc il donne toute une série de recommandations. La femme, elle, ne parle jamais en public dans la société grecque, qui est celle de l’église de Corinthe. Il applique donc ici le modèle social du temps et de la société à laquelle il s’adresse. Cela ne veut pas dire que ces mots de Paul soient quelque chose d’absolu à garder en tout temps et dans toute société.
En plus, dans cette même épître aux Corinthiens, Paul admet parfaitement que les femmes prophétisent, à l’égal des hommes. Elles doivent le faire tête couverte, alors que les hommes doivent le faire tête découverte. C’est la seule différence ! (cf. 1 Co 11, 5). Or la fonction prophétique, en ces tout premiers temps de l’Eglise où les textes du Nouveau Testament ne sont pas établis, est une fonction capitale : c’est une des médiations par laquelle Dieu se fait connaître et fait connaître sa volonté aux premières communautés chrétiennes.

Dans la vie de saint Paul, les femmes semblent avoir aussi joué un rôle non négligeable. Au chapitre 16 de l’épître aux Romains, qui se termine avec une longue salutation, il en mentionne plusieurs en termes très chaleureux. De celle qui porte la lettre, Phébé, il dit qu’elle est « diacre de l’Eglise qui est à Cencrée », donc elle a une fonction officielle (le terme diakonos est le même que celui qui est utilisé dans les Actes des Apôtres pour les Sept institués par les Apôtres). En parlant d’Andronikos et de Junias, un couple, il dit qu’ils sont des apôtres célèbres, utilisant le terme qu’il s’attribue ailleurs à lui-même.

L’histoire de Lydie

J’aimerais terminer cette causerie avec une femme que l’on trouve dans les Actes des Apôtres. Il s’agit de Lydie, qui visiblement joue un rôle important dans la fondation de l’Eglise qui est à Philippes (Paul adressera plus tard une lettre à cette église).
Cette histoire se situe au tout début de la mission de Paul sur le continent européen (la ville de Philippes se trouve en Macédoine). Il s’y rend avec son compagnon de route Silas.

Ensuite (nous sommes allés à) Philippes, qui est une cité du premier district de Macédoine et une colonie romaine. Nous avons passé un certain temps dans cette ville et, le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis, et nous avons parlé aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul. Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : « Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer. » C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main (Ac 16, 12-15).

En principe, lorsque Paul arrive dans une ville inconnue, il se rend d’abord à la Synagogue. Or ici, Paul et Silas se rendent directement près d’une rivière. Visiblement ils sont dehors (est-ce que l’on est de nouveau dans un jardin ?). Et visiblement, parmi les priants, il n’y a que des femmes, ce qui n’est absolument pas typique d’une assemblée se réunissant dans une synagogue, où un minimum d’hommes est toujours requis pour la prière commune. Donc il s’agit sans doute d’une réunion de prière de femmes d’origines païennes et converties.
Parmi elles, il y a une maîtresse femme, Lydie. Elle n’est absolument pas une « femme à la maison », puisqu’elle est négociante en étoffe de pourpre. Elle doit en plus être assez riche, parce que la pourpre est un produit de luxe.
Ce n’est pas Paul qui amène Lydie à Dieu : elle est déjà convertie. On nous dit qu’elle « adorait le Dieu unique ». C’est un peu comme les femmes de l’Evangile dont nous parlait Monique Dorsaz il y a deux semaines : elles viennent d’elles-mêmes à Jésus, on ne va pas les chercher. Tout ce qu’elle demande, c’est que Paul et Silas reconnaissent la véracité de sa foi au Seigneur. Elle reçoit le baptême avec « tous les gens de sa maison ». Visiblement, c’est elle qui entraîne la conversion de tous les siens. Et finalement, en maîtresse femme, elle « force » Paul et Silas à venir dans sa maison.
Suit une histoire assez compliquée, qui n‘a rien à voir avec Lydie, où Paul et Silas se font arrêter et sont mis en prison. Là, pendant la nuit, ils réussissent à convertir le gardien. Il se fait baptiser, lui aussi avec toute sa maison, et amène Paul et Silas chez lui, dresse la table et fête l’événement avec eux et toute sa famille devenue croyante. Au petit matin, Paul et Silas, volontairement, retournent à la prison pour qu’on n’accuse pas le gardien de les avoir laissé échapper. C’est alors qu’ils sont libérés « officiellement » par les autorités de la ville. On pourrait imaginer qu’ils retournent alors dans la maison du gardien, où ils ont été si bien reçus et où on a fêté en grande joie les nouveaux baptisés. Eh bien non. Le texte des actes des Apôtre conclut cette histoire de la manière suivante :

Une fois sortis de la prison, Paul et Silas entrèrent chez Lydie ; ils virent les frères et les réconfortèrent, puis ils partirent (Ac 16, 40)

La maison où se réunissent les « frères » (c’est ainsi que les premiers chrétiens s’appelaient entre eux), c’est la maison de Lydie. En l’espace d’un petit chapitre des Actes, la maison de Lydie n’est plus une maison privée, mais le lieu où se réunit l’Eglise de Philippes. C’est là que se rassemblent et prient tous ceux qui croient au Christ ressuscité.

Chaque époque interroge l’Ecriture à sa manière : c’est cela la source de l’interprétation. J’espère qu’avec cette « entrée », les femmes dans la vie de Jésus, que nous avons tenté de faire au long de ces trois conférences de Carême, vous ont montrés comme cette grille de lecture peut approfondir notre compréhension de la Bible. Peut-être que l’une des missions propres de notre époque, du moins dans notre occident, est bien de reposer la question du rôle des femmes dans la transmission de l’enseignement de Jésus ? C’est-à-dire, finalement, dans l’Eglise.

Petite bibliographie

Elisabeth Parmentier, Pierrette Daviau, Laurianne Savoy (dir.), Une Bible des femmes, Genève 2018.
Monique Dorsaz, « L’expérience de Lydie, discrète maîtresse femme… » in :
Figures de croyants (cahiers de l’ABC – 5), Saint-Maurice 2017, p. 204-228.
Sylvaine Landrivon,
Marie de Magdala « apôtre ? »'', Paris 2017

Roland Jaquenoud
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