Homélies

06.01.2019 / L'Epiphanie

En la fête de l’Epiphanie, l’Église célèbre le mystère de Dieu se manifestant au monde à travers trois événements distincts : la visite des Roi Mages qui viennent d’Orient « se prosterner » devant l’Enfant-Dieu et lui offrir l’or, l’encens et la myrrhe ; le Baptême de Jésus par Jean dans les eaux du Jourdain avec l’Esprit qui descend sur Lui et la voix du Père qui témoigne : « Celui-ci est mon Fils-Aimé, écoutez-le »; et les Noces de Cana où Jésus transforme l’eau en vin à la demande de sa mère, Marie. Présidant la célébration de cette solennité de l’Epiphanie, radiodiffusée sur Espace 2, Mgr Jean Scarcella exhorte à se « mettre debout » car « la gloire du Seigneur brille sur son peuple. Aujourd’hui l’Église de Jésus-Christ reçoit la pleine révélation de Dieu en son Fils, Verbe fait chair ». Et « Avec les mages venus d’Orient, nous découvrons que tous les hommes, même les plus éloignés, peuvent reconnaître en Jésus le Maître de la vie, le Pasteur universel ».
Référence des textes liturgiques : Is 60,1-6 / Ps 71 / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

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Mes sœurs, mes frères,
Ils sont trois à s’être levés, venant de tous les horizons, et avec eux un peuple entier se lève : « Debout, Jérusalem, resplendis ». Resplendis comme cette étoile qui annonce la lumière qui vient dans le monde pour dissiper les ténèbres, resplendis comme cette étoile qui provoque la joie chez ceux qui se réjouissent, resplendis comme la clarté de l’aurore qui vient de naître pour l’éternité. Resplendis Jérusalem ! Resplendis peuple de Dieu, il est venu ton roi ; sur toi « se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît ». Lève-toi, Jérusalem, relève-toi peuple de Dieu, ton Dieu se lève, sa gloire te met debout ! ». Saint Irénée, évêque de Lyon au IIè siècle le dira : « La gloire de Dieu, c’est l’homme debout ».
Oui, les mages les premiers se sont levés, prémices de tous ceux qui se mettront debout à l’appel de cette gloire de Dieu. Les mages reconnaissent ce que saint Jean écrivait dans le Prologue de son Évangile : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». (Jn 1, 14)
Mais le premier qui se mettra debout, frères et sœurs, c’est Celui que les mages contemplent dans son berceau en forme de mangeoire, et fait du même bois que la croix. Cet enfant est couché dans la paille, mais un jour il s’étendra sur la croix. La gloire qui rayonne et incendie l’étoile de Bethléem, c’est la gloire du Père que le Fils apporte aux hommes. Petit, emmailloté dans sa crèche, il se mettra debout, parce que sa gloire est celle de son Père qui le précède.
C’est la vision d’Étienne à l’heure de sa lapidation, que saint Luc rapporte dans le Livre des Actes des Apôtres : « Mais lui, rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 55-56) « Alors tu verras, écrivait à l’instant le prophète Isaïe que nous venons de lire, tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera », tu verras Jérusalem, peuple de Dieu, parce que ton Dieu se révèle à toi. Tu verras celui qui se révèle à toi, comme les mages aujourd’hui voient l’enfant qui étend ses bras pour les accueillir, pour accueillir le peuple entier, pour le salut du monde. Maintenant, explique saint Paul aux Éphésiens, le mystère « a été révélé, dans l’Esprit ». Ce que les mages vivent, frères et sœurs, est comme une anticipation de la vision béatifique, là où la gloire de Dieu met l’Homme debout, le Fils de l’homme et toute l’humanité dans un face à face d’amour échangé, éternel.
Voilà le mystère de l’Épiphanie où Dieu se révèle à l’homme en lui donnant à voir un visage d’enfant, pour qu’avec lui, il parvienne à sa stature définitive. Et cette stature, c’est ”l’homme debout”, c’est-à-dire l’homme sauvé, la stature du Christ qui nous a été promise et que saint Paul exprimait si bien à l’instant : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».
Révélation, promesse, héritage ne sont pas des mots lancés au hasard des vents, non bien sûr, mais ce sont des mots qui doivent signifier une réalité et, pour la signifier, ils doivent s’incarner. Le mystère de Noël c’est l’incarnation du Fils de Dieu en notre chair, et le mystère de l’Épiphanie c’est l’incarnation de l’Église dans le Corps du Christ. C’est ce qui fit dire à saint Irénée, à la suite de saint Paul, que « nous sommes fils dans le Fils », c’est-à-dire fils et filles de Dieu en Jésus le Fils unique, puisque – toujours selon saint Paul – nous sommes adoptés par Dieu le Père par notre incorporation au Christ, lui qui est la tête de ce Corps qu’est l’Église.
Quand nous lisions dans Isaïe tout à l’heure : « Les nations marcheront vers la lumière, […] regarde : tous ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche », nous comprenons qu’il s’agit du peuple qui se rassemble. Et le peuple rassemblé, vous le savez frères et sœurs, n’est autre que l‘Église, ce peuple qui ensemble fait corps, qui donne une présence humaine continuée du Christ sur cette terre, et qu’on appelle le Corps mystique du Christ : l’Église ! Oui, l’Église, frères et sœurs, l’Église mystère de la révélation de Dieu au monde.
Les mages à Bethléem ont préfiguré, réunis par l’enfant au berceau, le peuple de Dieu, l’Église naissante accomplie par le Fils à la croix, mais toujours en devenir. Et cette Église, frères et sœurs, c’est nous. Nous sommes porteurs de cette réalité parce que nous l’incarnons et que, oui je le redis, nous sommes l’Église.
Nous le savons, c’est par le baptême que nous avons revêtu le Christ, que nous sommes incorporés au Christ, que nous recevons la grâce d’être fils adoptifs du Père et héritiers du Fils. Le mystère de notre filiation divine par le baptême s’apparente à celui de la révélation à l’Épiphanie, et saint Paul nous l’a bien expliqué quand il dit par rapport à ce mystère – et je cite Paul à nouveau ici – : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps ». C’est pourquoi comme les rois, contemplons cet enfant qui nous tend les bras, comme il les a écartés sur la croix pour nous ouvrir le passage qui nous conduit dans les bras du Père.
Ainsi soit-il

Mgr Jean Scarcella