Demain, c'est dimanche

12.02.2006 / La petite transfiguration

La grande transfiguration a lieu sur le Tabor ; la petite transfiguration c'est la transfiguration de tous ceux qui perdent figure humaine. Comme dans l'évangile de ce prochain dimanche (Mc 1, 40-45) qui propose un tragique face-à-face : Jésus et un lépreux.

Le premier est plus que la face d'un homme ; il rayonne mystérieusement de la présence divine au-delà de toute visibilité : il est le visage du Père éternel et éternellement compatissant. L'autre est moins que le visage d'un homme : la maladie, qui le ronge et qui déchiquette sa peau, lui a fait « perdre la face ». Définitivement ?

Non. Dans la volonté d'amour du Plus (« je le veux, sois purifié ») le Moins peut se reconstruire un présent et un avenir en s'en remettant à ce visage plus profond que le fond du ciel.

Nous aussi, souvent, nous ne nous sentons pas à la hauteur de notre destin d'homme, nous « perdons la face » devant les autres, devant nous-mêmes, devant nos aspirations évanouies et nos rêves déchiquetés. Nous nous laissons défigurer par toutes sortes de lèpres relationnelles, morales ou spirituelles. Définitivement ?

Pourquoi ne pas oser le face-à-face ? L'Église catholique garde — comme un curieux secret — la présence discrète et mystérieuse du « Visage eucharistique » dans nos églises, à côté de la lumière rouge. Je peux aller y exposer les tourments de ma pauvre figure. Le face-à-face — humble et peu spectaculaire — y est possible, comme le miracle d'une petite trans-figuration.

Chanoine Guy Luisier