Demain, c'est dimanche

18.03.2018 / Humanité sacrifiée

L’histoire de l’humanité est ponctuée par des traités et des alliances entre les peuples dans le but de barrer la route aux désastres dus à la méchanceté des hommes, à leur cruauté ou à leur stupidité.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) condamnant les institutions et les pratiques de l’Ancien Régime (absolutisme, administration centralisée). Charte des nations unies (1945 au lendemain de la 2ème Guerre Mondiale(1), Déclaration universelle des droits de l’homme (1948)(2), Accord de Paris sur le climat (2015).

Mais il faut bien reconnaître que ces belles et généreuses déclarations ont souvent de la peine à être appliquées et sont régulièrement mises en échec, soit à cause de la faiblesse des dirigeants politiques soit à cause de l’égoïsme des nations qui ne voient que leur intérêt propre. Les images que les médias nous renvoient du Proche et du Moyen Orient, de l’Érythrée ou du Yémen, sont des images de destruction et d’horreur. Les négociations pour l’arrêt des armes restent aléatoires, comme s’il fallait que des populations entières soient sacrifiées pour que nos sociétés dites « avancées » puissent prospérer et vivre en paix.
Parce qu’elle se fait l’écho du mal qui traverse l’histoire de l’humanité, l’Ecriture sainte nous restitue également des scènes de destruction, de violence et de désolation : dimanche dernier, la 1ère lecture racontait comment les Babyloniens (les Irakiens d’aujourd’hui, pour faire court !) détruisirent Jérusalem et déportèrent une partie de sa population à Babylone (au sud de l’actuelle Bagdad). Le psaume 136 (« Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions … ») rappelait comment des femmes, prisonnières à Babylone, étaient harcelées par leurs gardiens.
La Bible raconte des histoires très concrètes, miroirs de notre humanité, mais elle raconte, aussi et surtout, une autre histoire, une bonne nouvelle annonçant qu’un jour, les guerres et les massacres cesseront ; l’histoire de cette alliance nouvelle que le Seigneur promet de mettre au plus profond du cœur de l’homme (1ère lecture) ; cette alliance que Dieu scelle avec l’humanité dans la mort et la résurrection du Christ ; alliance qui fait de tous les hommes des frères et des sœurs.
Voilà bien ce qu’il faut « voir ». Dans l’évangile de ce dimanche, des Grecs séjournant à Jérusalem demandent à voir Jésus. Or Jésus leur fait répondre que ce qu’il y a à voir, c’est l’heure du Fils de l’homme, le grain de blé qui tombe en terre et porte du fruit. Paradoxe admirable : ce qu’il faut voir, c’est l’effacement de Dieu dans le Christ, la disparition de l’homme Jésus hors de cette terre : l’heure de sa glorification, c’est-à-dire le moment où Dieu en Jésus manifeste qui il est pour l’humanité. Il est don absolu de lui-même. C’est parce que Dieu ne cesse de se donner depuis le commencement du monde que chacun de nous est vivant
Paradoxe encore de cette alliance nouvelle : elle passe par un acte de violence extrême, la mise à mort de Celui qui est le centre de l’alliance et qui la réalise. Or la violence faite à Jésus profitera à toute l’humanité. « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai », « mais lui parlait du sanctuaire de son corps. » (Jn 2, cf. 3ème dimanche Carême) Par sa passion, sa mort et sa résurrection, le Christ bâtit l’humanité nouvelle, ce sanctuaire auquel tout être humain pourra désormais accéder, sans craindre la violence de la part de ses frères et de ses sœurs, où chacun pourra parler à l’autre en toute liberté. Pour reconstruire les relations d’amitié, de fraternité et d’amour entre les êtres, il faut un sacrifice, il faut que l’un d’entre eux assume toute la violence, toute la force destructrice présente dans le monde et offre sa vie. Relisez l’histoire du bouc émissaire au jour du Grand Pardon (Lévitique16) et aussi celle du sacrifice d’Abraham (Gn 22), prophéties du sacrifice de Jésus. Seul Dieu a le pouvoir et la force d’accueillir, de prendre sur lui tout ce que le monde et son histoire ont commis en fait d’injustices, de tortures, de viols, de crimes haineux, à travers les siècles – et ce n’est pas fini ! Dieu seul a suffisamment de compassion et de miséricorde pour pardonner l’impardonnable de ce qui est humain.

L’humanité a besoin d’un être pris en son milieu : un être qui puisse faire l’expérience de la souffrance, subir les pires injures, descendre au plus profond de la détresse humaine (cf. 2ème lecture). Mais il faut qu’il soit Tout-Autre qu’elle, afin qu’en assumant l’immense douleur du monde, il puisse l’inverser. L’humanité a besoin d’une innocence qui soit parfaite. « In-nocent » signifie « qui ne peut pas nuire ». Or Dieu est fondamentalement innocent ; il ne peut faire que ce qui est bon.
Quand nous sommes témoins de la violence faite à des gens sans défense, innocents – cf. les scènes d’horreur qui nous viennent du spectacle de la guerre – nous espérons qu’il y aura une justice pour ces criminels. Et il faut que justice soit faite. Le pardon de Dieu, en effet, ne signifie pas qu’on doive s’abstenir de juger les crimes contre l’humanité, mais que la justice des hommes ne pourra jamais éradiquer le mal du cœur de l’humanité, changer le cœur de l’homme. Est-ce que l’humanité a changé depuis que les crimes des nazis ont été jugés ? D’autres génocidaires ont pris le relais – au Cambodge (1975-1979), au Rwanda (1994), en Bosnie (1992-1995), et ailleurs.
« Que vais-je dire ? ‘Père, sauve-moi de cette heure’ ? – Mais, non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (évangile de ce dimanche).

1. Art. 1.2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;
2. Préambule : Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Chanoine Jean-Claude Crivelli
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