Demain, c'est dimanche

06.08.2017 / Métamorphose

«Le Verbe s’est fait chair pour que la chair devienne Verbe»
Marc l’Ascète1

Mon corps de chair, celui par lequel je fais l’expérience du monde, celui par lequel j’entre en relation avec les autres, est promis à la résurrection. Il deviendra corps glorieux. Le mot corps (Leib en allemand par distinction d’avec Körper) signifie notre moi intime. Il désigne ce que chacun d’entre nous vit profondément en lui-même. Un tel corps sera glorifié. Tout ce que j’éprouve ici-bas ressuscitera, mais transformé, métamorphosé.

Quand nous disons que le Verbe s’est fait chair, nous croyons que Dieu en son Verbe a fait cette même expérience humano-corporelle. Tout ce que Jésus a vécu dans sa chair – son expérience du monde et de l’humanité et bien sûr ses souffrances, sa passion – tout cela a d’ores et déjà été «métamorphosé» (terme employé par l’Évangile de la Transfiguration Mt 17). Cette «splendeur» (cf. postcommunion de la Fête), qui nous vaut le salut, voilà ce que les disciples contemplent sur la montagne.

Rien de ce que le Christ a vécu dans sa chair de Verbe incarné, avec ses disciples et avec tous ceux qui l’ont approché dans leur chair, rien n’est perdu. Tout se trouve récapitulé par mode de transfiguration, tout prend sens, devient lumineux. L’épiphanie sur la montagne anticipe la splendeur qui nous est promise.

De même tout ce que j’aurai vécu dans ma propre chair en ce monde, mon intimité charnelle, sera révélé et transfiguré. Tout ce que j’aurai rencontré du Christ durant ma traversée de ce monde sera révélé et transfiguré parce que tout cela fait partie de ma vie, m’appartient en propre. De même toutes les rencontres manquées seront révélées et remises au pardon divin. Tout ce que j’aurai évité d’accueillir dans ma chair, tout ce qui n’aura pas trouvé à s’incarner en fait d’amour, de fraternité, de pardon, de partage, d’offrande.

Dans chaque vie il y a des gestes, des moments, des regards, des rencontres qui ont un poids d’éternité : ils sont en attente de leur épiphanie. Dans l’histoire du monde, il est des gestes, des actes, des événements dont nous ne soupçonnons pas la grandeur, le poids éternel. Tel geste de réconciliation entre les peuples, tel accompagnement d’une personne malade ou handicapée, telle visite régulière à une personne isolée. Inversement l’histoire du monde aura manqué de certains gestes et de certaines décisions qui lui auraient procuré davantage d’humanité. Comment ne pas songer ici à l’oppressante question des migrants ? Il y a des « trous », des échecs que seul l’amour de Dieu pourra combler, réparer, pardonner. Alors ce grand corps qu’est l’humanité, récapitulée dans le Verbe incarné, sera glorifié et transfiguré.

1. Lettre au moine Nicolas, dans Philocalie des Pères Neptiques, t. A1 D’Antoine le Grand à Marc l’Ascète, Abbaye de Bellefontaine, 2004. «En devenant homme, Dieu le Verbe a expliqué l’homme aux hommes et il a ‘verbéisé’, christifié, la vie, lui a donné son sens, et pour ce monde et pour l’autre.» commente le Père Justin Popovitch.

Chanoine Jean-Claude Crivelli