Demain, c'est dimanche

11.06.2017 / Respect des personnes

Depuis quelque temps la course aux élections politiques a pris un tour affligeant. Je pense aux États-Unis de 2016, à la France de 2017, mais aussi à la Suisse. Elles sont devenues un ring où tous les coups sont permis, dénigrant et blessant les personnes. Il s’agit d’abattre l’autre dont la personne ne compte plus. Cependant ceux-là mêmes qui méprisent leur adversaire sont souvent les premiers à revendiquer les droits universels de la personne quand il s’agit de lointains pays !

S’agissant des personnes divines, nous connaissons leur mission. Chacune d’elles tire son origine d’une autre. Ce que chacune est, elle le tient de sa mission qui est comme sa vocation. Le Père est Père parce qu’il engendre un Fils, parce qu’il se donne à ce dernier, lequel consent à recevoir son origine d’un autre, le Père ; il la reçoit comme un don. Le Fils à son tour rend à sa source le don qu’il a reçu. Réciprocité, échange de gratitude qui est communion, qui est l’Esprit, l’Esprit du Père et du Fils. L’amour du Père, qui est l’Esprit, repose éternellement sur le Fils, lequel le restitue au Père, et voilà la personne de l’Esprit. Dans l’Esprit il y a, depuis toute éternité, reconnaissance mutuelle du Père et du Fils. L’Esprit est la communication réciproque du Père et du Fils. Le don mutuel de l’un à l’autre : leur infini baiser d’amour, comme dit saint Bernard – osculum suavissimum sed secretum.

Dieu est cela en acte depuis toujours ; éternel événement de relations réciproques qui constitue la Trinité. On le voit donc, en Dieu il y a de la vie, du mouvement quand bien même celui-ci est éternel, du mouvement pur. De la joie, une joie eucharistique. Du souffle : un souffle qui part du Père et rejoint le Fils et vice-versa. En Dieu, il y a de l’« énergie » (= de l’action), selon l’expression des Pères orientaux. L’Esprit est « spiré » l’un vers l’autre. En Dieu on ne s’ennuie pas : il y a sans cesse des relations. Dieu est fondamentalement relation.

L’événement éternel trouve à s’incarner dans l’histoire des hommes : Jésus Christ est ce Fils que le Père engendre depuis toute éternité, Fils qui consent à « être parlé » dans le monde, à devenir Verbe incarné. Dans la mort acceptée ce dernier fait retour au Père : il rend l’Esprit.

Dans sa Dramatique divine Hans Urs von Balthasar explique que, par analogie avec l’éternel événement trinitaire, la mission est le principe formateur de la personne humaine. Notre mission dans le monde nous révèle notre identité. Or cette mission, l’être humain ne se la donne pas à lui-même, il la reçoit. Nous en prenons conscience lorsque nous nous laissons interpeller par l’autre, par le Tu divin qui nous révèle comme Je. Je ne suis pas qu’un individu : je suis une personne unique. Éminente dignité de la personne, et donc de tout homme quel qu’il soit – mon adversaire politique, le migrant suspecté de fraude, le criminel le plus abominable. Cette dignité de l’autre se laisse découvrir à travers le dialogue, l’échange. Tout homme est un sujet de relations, un être personnel et donc interpersonnel (Emmanuel Housset).

Si Dieu est un être personnel, alors il ne peut qu’y avoir plusieurs personnes en lui. Si je suis un être personnel, alors je ne puis m’accomplir qu’en me laissant interpeller par d’autres personnes.

Chanoine Jean-Claude Crivelli