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18.12.2016 / De fils en père, le songe de Joseph

De certaines professions – le notariat par exemple – on dit qu’elles se transmettent de père en fils. A-t-on jamais évoqué l’inverse ? Une tradition qui irait de fils en père !

C’est bien ce mouvement inverse qui constitue la trame du dernier film, magnifique de symbole et de profondeur, d’Eugène Green, « Le Fils de Joseph » (avril 2016). Une parabole aux mille lectures sur l’enfantement, mais du point de vue de paternité. Vincent, jeune lycéen, fils d’un père inconnu, vit avec sa mère. Il lui demande : « Qui est mon père ? ». Réponse de Marie, sa mère : « Tu n’as pas de père ? » L’adolescent s’obstine et se met en quête de paternité. Le parcours commence au café bien-nommé « Père & fils ». Vincent y rencontre Joseph, frère du père biologique et un peu marginal ; la confiance s’établit entre eux deux. Une relation se noue qui bientôt inclura Marie, la mère. C’est par un fils que Joseph devient père et qu’ainsi une famille se constitue.

Rencontres et relations sont-elles régies par le hasard ? Par la grâce, dirons-nous. Ou bien, avec Bernanos, par ce hasard qui est la logique de Dieu. Une logique qui déroute le Joseph de l’Évangile. Au début il ne voit pas du tout en quoi le projet de Dieu le concerne. Il s’éclipse en toute discrétion. Mais Dieu le rattrape : j’ai un projet intéressant pour toi. Au fils qui naîtra de Marie, ton épouse, tu donneras un nom : « tu lui donneras le nom de Jésus» (c’est-à-dire ‘le Seigneur sauve’). Selon la Bible, attribuer un nom à un être c’est reconnaître son identité, le rôle qu’il doit jouer dans la société humaine. Et la nomination revient au père qui – expliqueront les psychologues – s’interpose alors entre la mère et l’enfant pour permettre à ce dernier de développer son identité en dehors de la symbiose maternelle.

Dans l’évangile ce n’est pas Joseph qui donne directement le nom, celui-ci vient de Dieu ; il émane du projet de salut que Dieu a pour l’humanité. Il revient toutefois à ce père très humain d’en devenir comme le relais et en quelque sorte de signifier à Jésus quelle est sa vocation. Pour notre monde , le Fils sera « Yeshua » et « Emmanuel ». Le récit de Mt 1, 18-24 est aussi celui de la vocation de Joseph, celui de la vocation paternelle. Car on ne naît pas père naturellement : on le devient par vocation ; en consentant à entrer dans un projet si grand qu’il peut entraîner fort loin celui qui y consent sérieusement.

Chanoine Jean-Claude Crivelli