Demain, c'est dimanche

03.12.2006 / Les Bienveillantes et le Bienveillant

Le Goncourt 2006 a été attribué au livre de Jonathan Littell, « Les Bienveillantes ». C'est un roman sur les ressorts banals et tragiques du Mal. Dès les premières phrases, on sent que c'est l'espérance en l'avenir de l'homme qui est fondamentalement en jeu dans la tragédie des destinées :

« Longtemps on rampe sur cette terre comme une chenille, dans l'attente du papillon splendide et diaphane que l'on porte en soi. Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas, on reste larve, constat affligeant, qu'en faire ? »

La réponse du héros de Littell s'écrase contre le mur du nihilisme et du mal absolus. Mais le christianisme a de quoi briser le mur et s'ouvrir sur un horizon lumineux. Reprenons la phrase et lisons-la à la lumière de l'Avent chrétien qui commence en ce dimanche :

« Longtemps on rampe sur cette terre comme une chenille »

Notre terre est minuscule et les moisissures qui s'y agitent n'ont guère d'allure, mais un Regard bienveillant caresse depuis très longtemps les chenilles, et les réchauffe en profondeur dans la discrétion et la délicatesse. Ma foi me le dit.

«… dans l'attente du papillon splendide et diaphane que l'on porte en soi. »

Les aspirations profondes que l'homme porte en soi sont traces d'un destin qui le dépasse fondamentalement. La chenille ne pourra jamais comprendre totalement le papillon qu'elle porte déjà en elle. Ma foi me le dit.

« Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas, on reste larve »

La transformation de la chenille en papillon dépasse le domaine du temps humain. Larve je reste, avec mes faiblesses, mes fragilités, mes incompétences et mes péchés, mais au cœur de la larve s'élabore un mystère qui dépasse le temps et va s'épanouir dans l'éternité bienveillante. Mon espérance me le dit.

« Constat affligeant, qu'en faire ? »

Constat plein d'espérance au contraire. Que faire ? Regarder chaque larve comme un papillon en devenir. C'est le degré minimal de la charité.

Sur les destins des hommes écrasés par le mal, se lève une Lumière. Bon Avent, illuminé par la bienveillance de Dieu !

Chanoine Guy Luisier