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23.11.2014 / Le Berger et le Roi

A décrire les mœurs des princes, l’historien devient vite amer. Ainsi Lord Acton (XIXe s.), reprenant Machiavel : « Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais. » Deux siècles plus tôt, dans sa fable « Le Berger et le Roi », La Fontaine écrivait, visant ici tout homme : « Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimoine ont chassé la raison ; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom, J’appelle l’un Amour et l’autre Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire ; Car même elle entre dans l'amour. » Le pouvoir nous habite risquant de pervertir nos amours et nos amitiés, nos relations avec les autres, et cela commence dès la petite enfance. Rien d’étonnant alors si des siècles de religion ont projeté sur Dieu la figure royale, symbole du pouvoir suprême dans l’exercice politique. La Fête du Christ Roi, instituée en 1925 dans le but de combattre les mouvements laïcistes et anticléricaux, relève d’un tel imaginaire. Heureusement les lectures liturgiques nous donnent de quoi l’évangéliser et de saisir ainsi quelque chose de la majesté divine. « Le Seigneur est mon berger » : le psaume entrechoque deux mots, Seigneur/berger puis dévoile une fête royale pour tout homme dans la traversée de ce monde. Une fête auquel les disciples du roi sont conviés pour y accomplir leur service : c’est le chapitre 25 de Matthieu.

Chanoine Jean-Claude Crivelli