Demain, c'est dimanche

01.02.2009 / Un pauvre sermon

« On était frappé par l'enseignement (de Jésus), car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22). Ce verset de l'évangile résonne comme une claque envoyée à tous les prédicateurs. Combien de fois ils transforment en insipide bouillie le festin grandiose de la Parole de Dieu qu'ils sont censés partager avec leurs frères. Pourtant, pour qui sait écouter, le Seigneur, qui est et demeure l'unique Maître de nos âmes, peut parler au coeur même à travers une insipide bouillie.

J'en veux pour preuve cette petite histoire, racontée par le cardinal Henri de Lubac en exergue à son livre Sur les chemins de Dieu. Dans la cour de récréation, au sortir de la chapelle, un enfant se moquait du sermon qu'il venait de subir. Pauvre sermon, comme tant d'autres. Voulant dire quelque chose de Dieu, le prédicateur avait abreuvé son jeune auditoire d'un flot mêlé de formules abstraites et dévotes, produisant sur ceux dont l'esprit n'était point assoupi l'effet le plus ridicule. Le surveillant, qui était un homme de Dieu, appela le moqueur et, plutôt que de le rabrouer, lui demanda doucement : « Avez-vous jamais songé qu'il n'y a rien de plus difficile que de parler d'un tel sujet ? ». L'enfant n'était point sot. Il réfléchit, et cet incident fut pour lui comme la première prise de conscience du mystère, du double mystère de l'homme et de Dieu.

Chanoine Roland Jaquenoud