Demain, c'est dimanche

02.04.2006 / Le premier des temps

Les passionnés d'étymologie savent que, pour désigner le printemps, le français n'a pas choisi le mot latin, mais la désignation commune de « premier temps ». D'abord bien sûr parce que c'est la première époque dans le développement de la nature. Mais je me demande si, dans le développement des réalités surnaturelles, le printemps n'est pas aussi le premier des temps : qualitativement ! C'est le temps qui nous introduit dans le mystère de Pâques, comme source de la foi et de la vie chrétiennes.

Dans l'hiver où rôdent froid et mort, glace et sommeil, voici que, au fond du péché, au fond de nos désespérantes petites morts quotidiennes, au fond de nos dégoûts et de nos illusions si communes, un grain a été jeté par une Main Invisible. Il y a de l'espoir. La semence enfouie qui semblait morte, devait mourir pour germer dans le premier temps, dans le printemps de Dieu. A quelques enjambées de la fête de Pâques, Jésus nous redit ce mystère, son mystère qui est en même temps continuellement le nôtre : « Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. »

Viendront le temps des moissons et des vendanges, le temps des chaleurs d'été et des récoltes d'automne. Mais il est essentiel que dans la discrétion de ce printemps, une part de nous-mêmes - fragile peut-être, mais décisive - passe par la mort pour entrer dans l'éternel printemps – temps premier - de Dieu.

Chanoine Guy Luisier