Demain, c'est dimanche

05.03.2006 / Point de fuite

Cette année, le premier dimanche de Carême où l'Évangile selon saint Marc expose laconiquement un Jésus tenté par Satan est aussi la Journée des Malades. La brièveté de la narration et l'occasion de cette journée permettent la rencontre du mal voulu et du mal subi et de tirer un parallèle entre la souffrance et la tentation, de dessiner deux droites qui jamais ne se coupent, sinon à l'infini.

Le Christ, en effet, par trois fois, fut tenté.

Première tentation, la faim. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Combien subissons-nous nos besoins. Être malade, n'est-ce pas d'abord ne plus répondre optimalement à nos nécessités les plus élémentaires.

Deuxième tentation, voler. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas. » À quel point, les lois naturelles nous pèsent. Être infirme, c'est aussi ne pas pouvoir accomplir ce que l'on veut.

Enfin, le Tentateur demande à Jésus de se prosterner devant lui, de choisir de mourir à la vie. La maladie, l'infirmité ne sont-elles pas les préfigurations de notre disparition ultime. Là, personne n'est épargnée, c'est la condition humaine.

Mais, n'est-il pas un peu impertinent de comparer les souffrances aux tentations ? Les unes sont subies, les autres nous y succombons. Pourtant, au plus intime, je sais que toute souffrance a un sens et que tout péché n'est jamais absolument volontaire. Ainsi, la droite de la souffrance et la droite de la faute se coupent à la fine pointe de l'homme. L'une et l'autre découvrent leur loi intime.

Ne fuyons point ce lieu de rencontre. Il est le cœur de notre humanité où la souffrance est soulagée et le péché pardonné. Dans cette perspective, les droites parallèles se coupent à l'infini, dans l'infini de notre Dieu qui a souffert et fut tenté pour nous et notre salut.

Chanoine Alexandre Ineichen